Mercury Grand Marquis / Marauder, les deux font la paire

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Les grosses nord-américaines à propulsion sont des vestiges du passé dans l'esprit de plusieurs. Et l'idée de commercialiser une version sportive de l'une de ces berlines peut paraître loufoque à la majorité d'entre vous. Je dois avouer que je faisais partie de ce groupe et me préparais à me défouler sur ce tandem visant une clientèle de papys et de pères de famille au pied pesant. Pourtant, après avoir conduit ces deux modèles, je suis prêt à nuancer mon jugement.

Abordons tout d'abord le cas de la Grand Marquis proprement dite. Cette grosse berline à la suspension guimauve, à la silhouette anonyme et à l'agrément de conduite inexistant survit quand même en raison d'une clientèle de conducteurs traditionalistes qui préfèrent ce genre de voiture. Ils recherchent cette tenue de route incertaine qui leur rappelle le « bon vieux temps ». J'ai de mauvaises nouvelles pour ces acheteurs. Si la Grand Marquis n'a pas tellement changé en apparence, son comportement routier est amélioré. La silhouette a été modifiée, mais de peu. Elle conserve cette allure de « voiture banalisée » qui fait ralentir les gens autour de vous sur la route, la plupart croyant que vous êtes un policier en mission.

Cela dit, l'arrivée d'un nouveau châssis constitué de poutres formées par pression hydraulique et d'une suspension avant complètement révisée a fait des merveilles pour améliorer le comportement routier. Le châssis est plus rigide et la nouvelle direction à crémaillère n'a rien à voir avec l'unité à billes du passé qui faisait des merveilles pour gommer le feed-back de la route. Cette nouvelle direction est non seulement plus linéaire, mais son assistance variable est bien dosée et la précision digne de mention. Le fait que la suspension avant ait été révisée du tout au tout est une autre explication pour cette sensible amélioration de la conduite. De plus, le moteur est sagement boulonné sur un minichâssis dont plusieurs éléments sont en aluminium. Il ne faut pas partir en peur non plus, mais force est d'admettre que la Grand Marquis est une bien meilleure routière que précédemment. Son moteur V8 de 4,6 litres produit 224 chevaux dans les modèles GS et LS tandis que la LES bénéficie d'un gain de 15 chevaux, d'une suspension raffermie et d'un levier de vitesses au plancher.

C'est une voiture traditionnelle pour des gens qui apprécient la solidité d'un châssis autonome et la sensation de conduite d'une propulsion. Elle s'est beaucoup améliorée cette année, mais il semble que la vie se déroule toujours avec une demi-seconde de retard lorsqu'on la conduit.

Retour en arrière

Dans les années 60 et 70, les Trois Grands de l'époque prenaient toujours un malin plaisir à installer un moteur ultrapuissant sous le capot d'une paisible berline sans prétention. Il suffisait ensuite de trafiquer la suspension, de choisir des pneus plus larges et de remplacer quelques rapports de boîte pour avoir un bolide sport.

Désireux de débarrasser la Mercury Grand Marquis de son image de voiture de croque-mort, les responsables de cette division ont décidé de faire revivre le passé avec la Marauder, un modèle lancé pour la première fois en 1963. La puissance du V8 4,6 litres a été portée à 302 chevaux, les amortisseurs avant ont été remplacés par des Tokico haute performance tandis que les ressorts arrière sont pneumatiques. Les jantes de 18 pouces sont dotées de pneus BFGoodrich g-Force T/A P245/W55WR18 à l'arrière et de P235/50WR18 à l'avant.

Enfin, les stylistes ont affiné la silhouette, intégré des phares antibrouillards Cibié dans le pare-chocs et remplacé les appliques de bois sur la planche de bord par des bandes de couleur titane. Le levier de vitesses est au plancher et précédé de deux cadrans indicateurs orientés vers le conducteur. Il s'agit d'un indicateur de pression d'huile et d'un voltmètre. Et voici un détail qui risque de vous faire craquer pour la Mercury : l'insigne du dieu romain Mercure se retrouve sur les sièges avant et sur le moyeu de la jante !

Même si l'idée de transformer une automobile de ce gabarit en véhicule sportif peut paraître farfelue, il faut avouer que les ingénieurs ont fait du beau travail. Premièrement, les 78 chevaux additionnels par rapport au modèle régulier font vraiment sentir leur présence. Non seulement il est possible de boucler le 0-100 km en 7,1 secondes et des poussières, mais le moteur réagit dès qu'on appuie sur l'accélérateur. Ceux qui ont déjà conduit des muscle cars vont apprécier cette nervosité. De plus, comme il s'agit d'un moteur à arbres à cames en tête, il ne s'essouffle pas à haut régime comme les moteurs à soupapes en tête d'une certaine époque. Soulignons au passage que l'échappement laisse entendre un ronronnement à la sonorité et à l'intensité juste comme il faut. Il est facile d'exagérer à ce chapitre, mais le Marauder ne pêche pas par excès de vroum-vroum.

La conduite de ce modèle a été une agréable surprise. Alors que je m'attendais à piloter un hot-rod doté d'une suspension de béton, j'ai été agréablement surpris de découvrir une auto performante, équilibrée, qui se plaisait à enfiler les virages avec assurance. Il est vrai que la masse est imposante et que l'agilité n'est pas son point fort, mais une direction très précise et des freins puissants m'ont permis d'avoir du plaisir au volant de la seule Mercury qui n'est pas politiquement correcte. Chapeau aux ingénieurs qui ont su concilier tenue de route et confort.

Malgré ces qualités, je ne suis pas certain que les gens vont se bousculer dans les salles de montre pour admirer cette voiture qui sort carrément du rang. Il est possible que de nombreux nostalgiques s'y intéressent au tout début, mais je crois que l'engouement va s'estomper rapidement. Toutefois avec un marché aussi gros et diversifié que celui des États-Unis, tout peut arriver.

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