Lexus SC 430, noblesse oblige

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Depuis une douzaine d'années maintenant, la division Lexus de Toyota s'acharne à briser l'hégémonie des têtes d'affiche dans la catégorie des voitures de luxe. L'arrivée de cette marque a d'ailleurs sérieusement perturbé la quiétude qui régnait chez les constructeurs de modèles haut de gamme. Lexus a même fait un coup double en venant réduire les parts de marché des Américains et des Allemands. Malgré ces succès, la catégorie des coupés grand-tourisme lui a toujours échappé. Il suffit de se souvenir du demi-échec de la SC 400 pour s'en convaincre.

En revanche, les constructeurs nippons apprennent toujours de leurs échecs et la SC 430 lancée l'an dernier a pour mission d'implanter Lexus dans ce créneau et de faire oublier sa devancière. Si les stylistes de la 1re génération s'étaient contentés de formes plutôt génériques, cette édition a beaucoup plus d'impact sur le plan visuel. Certaines mauvaises langues ne se font pas prier pour critiquer le nombre d'emprunts stylistiques commis par ses concepteurs, mais la résultante n'est pas à dédaigner. Les lignes fuyantes de la partie arrière, le petit aileron en surplomb et le renflement du coffre lui donnent du caractère.

L'habitacle, pour sa part, est du Lexus tout cuit. La finition impeccable, les matériaux de première qualité et le tableau de bord garni d'appliques de bois exotiques, notamment de rarissime érable piqué, font hocher la tête des connaisseurs. À souligner que le boudin du volant est partiellement de la même essence de bois que celui utilisé sur la planche de bord ; idem pour le pommeau du levier de vitesses et la garniture de console. Profondément abrités dans trois orifices cylindriques relativement profonds, les cadrans électroluminescents sont faciles à lire. Par contre, les commandes de la climatisation et du système audio sont d'une navrante banalité. Soulignons au passage l'excellent système audio Mark Levison qui équipait notre voiture d'essai. Cette marque, l'une des plus respectées dans le monde de l'audio, nous prouve que ses ingénieurs ont su s'adapter aux exigences de l'environnement automobile. Et si, pour vous, Japon et haute-fidélité sont synonymes, vous serez surpris d'apprendre que cette maison spécialisée est d'origine américaine.

Comme Lexus veut concurrencer Mercedes, ses ingénieurs ont mis au point un toit rigide rétractable, à la SLK. Et comme dans cette dernière, il ampute le coffre de la moitié de sa capacité une fois qu'il y est replié. Le modèle avec le pneu de secours est à déconseiller, car il laisse encore moins de place pour les bagages. C'est probablement pourquoi Lexus propose ces 2 places arrière symboliques qui servent d'espace de rangement à défaut de pouvoir accueillir des humains.

Plaisirs feutrés

Le toit s'escamote en 25 secondes, ce qui est impressionnant. Une fois qu'il est remonté, c'est surtout l'agilité des personnes tentant de prendre place à bord qui est à souligner. Heureusement, ces contorsions sont récompensées. Dès qu'on roule, le silence de l'habitacle est digne de mention et les bruits éoliens négligeables tandis que les sièges baquets recouverts d'un cuir ultrafin s'avèrent confortables. Pour les amateurs de conduite cheveux au vent, un déflecteur d'air très efficace élimine pratiquement les turbulences.

Ce confort, cette douceur sont bien au diapason de la personnalité de la SC 430 qui privilégie beaucoup plus le bien-être de ses occupants que les sensations de conduite. Un moteur V8 de 4,3 litres d'une puissance de 300 chevaux, un couple moteur encore plus élevé, des freins ultrapuissants, une suspension très élaborée, les éléments mécaniques sont très sophistiqués.

Malheureusement, cette recherche de la perfection se traduit par des sensations de conduite trop atténuées. L'un des grands responsables de cet état de fait est le moteur dont la douceur et le silence de fonctionnement nous privent d'un feed-back sonore de qualité, élément essentiel de toute sportive qui se respecte. De plus, la boîte automatique n'est pas trop empressée de passer les rapports, préférant un fonctionnement plus feutré et plus en douceur. Ces éléments sont de mise dans une voiture de luxe, mais je crois qu'on a exagéré en ce sens. Un moteur qui ronronne et une boîte automatique qui fait sentir sa présence de temps à autre ne sont pas des défauts, bien au contraire. Le pilote est donc déconnecté de la mécanique tandis que les occupants ont l'impression d'être dans une capsule intemporelle. Sur l'autoroute, seuls les soubresauts des gros pneus sur les interstices de la chaussée et quelques bruits de caisse nous font réaliser la vitesse très élevée à laquelle nous roulons. Une tenue de cap exemplaire de même que l'incroyable douceur du moteur V8 viennent augmenter cette sensation d'isolement des éléments extérieurs. Il faut également accorder de bonnes notes à la rigidité du châssis qui a permis aux ingénieurs de Lexus de calibrer la suspension un peu plus en faveur du confort sans pour autant affecter négativement la tenue de route.

Si elle brille sur la grand-route, la SC 430 perd quelque peu de ses moyens sur de petites routes sinueuses puisque l'agilité n'est pas nécessairement son point fort. La tenue en virage est pugnace, mais le roulis assez prononcé de la caisse nous avise de modérer nos élans. Les conducteurs plus audacieux qui voudront pousser davantage seront ramenés à la raison par un freinage puissant et progressif qui permet de s'arrêter en 36 mètres et des poussières, des chiffres rassurants. Et si votre audace vous incite à dépasser les bornes, sachez que le système de stabilité latérale est efficace sans pour autant intervenir trop précipitamment, à la moindre poussée latérale.

À défaut de venir jouer dans les plates-bandes de la Porsche Boxster, cette Lexus s'adresse à une clientèle plus flegmatique qui apprécie le confort plus que les sensations fortes. Dans ce style, c'est pratiquement la s?ur jumelle de la Jaguar XK-8.

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