Chevrolet Epica, la soeur ennemie

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2005

Tant sur le continent européen que chez nous, elles portent un prénom peu élégant dont la dernière lettre se termine en « A ». Ce qui n'est pas facile à prononcer pour le commun des Québécois? Chez Chevrolet, elle s'appelle Epica tandis que Suzuki lui a donné le nom de Verona. En Europe, elle se nomme Evanda et est vendue par les concessionnaires Daewoo. Eh ! oui. Même si elle est passée sous la gouverne de GM, la bannière sud-coréenne est toujours en vie chez nos voisins outre-Atlantique. Il y a trois ans, GM et Daewoo annonçaient la création de la GM Daewoo Auto and Technology Company (GMDAT) détenue par GM (42 %) et des partenaires comme Suzuki.

On se rappellera que Daewoo était le troisième constructeur en Corée du Sud derrière Hyundai et Kia. La crise économique du Sud-Est asiatique des années 1997-1998 avait frappé durement Daewoo dont personne ne soupçonnait la fragilité financière. Par la suite, l'inévitable se produisit avec la faillite du constructeur sud-coréen. Pour GM et ses partenaires, il reste maintenant à redresser le chiffre d'affaires de la marque qui subsiste encore dans les pays européens. On se rappellera que Daewoo vendait un demi-million de véhicules au milieu des années 90. L'année dernière, malgré les déboires du constructeur, 300 000 véhicules ont été assemblés dans les usines de la GMDAT.

Plusieurs observateurs de la scène automobile ont été estomaqués quand Chevrolet a dévoilé en grande pompe l'Epica et deux autres modèles rescapés de chez Daewoo : l'Aveo et l'Optra. Il ne faut pas être surpris puisque l'arrivée de ces trois modèles coïncide avec la disparition de la division Oldsmobile. Toutefois, on peut quand même se questionner puisque certains modèles de même catégorie devront apprendre à cohabiter. Le modèle Optra devra fraterniser avec la Cobalt (remplaçante de la Cavalier) et l'Epica avec la Malibu. Somme toute, une lutte fratricide s'annonce dans les salles de démonstration de Chevrolet.

D'entrée de jeu, le rôle de l'Epica n'est pas de tout repos puisqu'elle se frotte à la récente Malibu. Même si le prix et le comportement routier les distinguent l'une de l'autre, beaucoup d'acheteurs ne verront pas la différence et penseront qu'il s'agit de jumelles puisque leurs dimensions sont presque identiques. En effet, l'empattement est le même alors que la longueur hors tout avantage la Malibu de 1,3 cm. Par contre, la silhouette des deux modèles n'a rien en commun excepté le n?ud papillon de Louis Chevrolet. Dessinée par les studios italiens de ItalDesign, l'Epica adopte une ligne plus générique que la Malibu dont les phares avant distinctifs sont la nouvelle signature visuelle de Chevrolet. Les lignes classiques de l'Epica rappellent le profil de son ancêtre la Daewoo Leganza tandis que la partie arrière ressemble à celle de la défunte Oldsmobile Aurora.

Tant sur papier que sur la route, l'Epica et la Malibu font chambre à part. Dans un premier temps, les motorisations ne sont pas les mêmes. Si la Malibu est animée par un V6 de 3,5 litres ou un 4 cylindres de 2,2 litres, l'Epica a droit à un seul moteur soit un 6 cylindres en ligne de 2,5 litres. Monté transversalement, ce moteur de fabrication sud-coréenne possède deux arbres à cames et développe 155 chevaux. Loin d'être aussi vif que le V6 de la Malibu, il accélère avec la boîte automatique de série de 0 à 100 km/h en 10,8 secondes. En revanche, la configuration des moteurs à cylindres en ligne est reconnue pour être robuste, fiable et économique à la pompe. Toutefois, il faudra attendre que le moteur ait accumulé plusieurs centaines de milliers de kilomètres avant qu'on lui donne notre bénédiction. Par ailleurs, la grille de sélection du levier de vitesses n'est pas coulante et aurait avantage à être retracée.

Sur la route, l'Epica se révèle être une honnête routière sans plus. Si vous recherchez une berline qui vire à plat et qui freine sur une pièce de dix sous, la Malibu est mieux indiquée. L'Epica n'inspire nullement une conduite sportive et se compare plutôt à ces rivales sud-coréennes que sont les Magentis et Sonata. Si le freinage antiblocage est dans la norme sur l'asphalte sec, il faut surveiller sa conduite sur les surfaces glacées en hiver puisque l'ABS a cessé de fonctionner inopportunément lors de notre essai. Côté habitabilité, les passagers accèderont à des places généreuses, notamment à l'arrière où l'espace pour les jambes et la tête est surprenant. Même s'ils paraissent invitants, les sièges avant manquent de soutien lombaire. Qui plus est, le rude tissu des baquets respire mal lors des chaleurs de l'été. À ce chapitre, la douce sellerie en cuir de la version LT est recommandée.

Le tableau de bord est d'inspiration américaine et contraste avec le style naturel des constructeurs sud-coréens. L'application de simili bois sur la console, le levier de transmission et l'intérieur des portières convient au tempérament de la voiture et on regrette que les stylistes n'aient pas cru bon de répéter le placage autour des cadrans. Par ailleurs, le design du volant à quatre branches ne cadre pas avec le tableau de bord et semble avoir été emprunté à une Chevrolet (ou Oldsmobile !) qui n'est plus sur le marché.

Comme toute sud-coréenne qui se respecte, l'Epica offre un rapport équipement/prix imbattable. D'ailleurs, seul le prix pourra convaincre les acheteurs de la choisir au détriment de sa soeur ennemie la Malibu.

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