Jaguar XK8 / XKR, des félins musclés

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Les ingénieurs de Coventry ont fait autre chose cette année que de fournir une voiture à Austin Powers, le délirant agent secret britannique du grand écran. Ils ont également apporté de nombreuses améliorations au coupé et cabriolet de la série XK. La marque au félin rugissant ne réussit pas à obtenir des résultats tangibles en Formule 1, mais cela n'empêche pas les modèles les plus sportifs de la famille de recevoir des moteurs plus puissants et de nombreuses autres améliorations sur le plan mécanique

Jadis un bastion de conservatisme, cette marque ne lésine plus pour apporter des améliorations de faÇon très régulière. Certains vont affirmer que c'est pour rattraper la concurrence, d'autres sont plus positifs et prétendent que c'est pour se distancer de celle-ci. Une chose est certaine : avec les gains en puissance des deux moteurs V8, ces Jags sont équipées pour rouler très vite. Curieusement, aucun changement esthétique majeur n'a été apporté tant au cabriolet qu'au coupé, à l'exception de l'installation de phares au xénon et d'un nouvel écusson sur le capot. À Coventry, le mot d'ordre semble avoir été d'améliorer les performances et le rendement, pas nécessairement de trouver de nouvelles épithètes pour les communiqués de presse.

Ce qui signifie que l'habitacle et sa présentation générale demeurent les mêmes. Il y a bien quelques nouveaux agencements de couleurs, des sièges Recaro dans le modèle R et un rétroviseur intérieur électrochromique, mais le reste demeure inchangé. Jaguar utilise donc des panneaux de bois exotique sur toute la largeur du tableau de bord tandis que le légendaire cuir Connolly est de rigueur. Il faut ajouter que l'espace pour les pieds du pilote demeure toujours assez exigu. Ce qui nous permet de rappeler que la nouvelle XK dévoilée en 1996 faisait et fait toujours usage du châssis de la défunte XJ, ce qui limite le comportement routier de cette élégante britannique qui est toujours considérée comme une voiture de grand-tourisme et non pas comme une sportive pure et dure. Que l'on soit d'accord ou pas avec cette étiquette, il est certain que la révision des moteurs et du rouage d'entraînement assurent des performances de grande sportive.

Bloody fast, my dear !

En traduction libre, cette expression signifie « Terriblement rapide, ma chère ! » et elle sera certainement utilisée dans les réunions mondaines de la gentry britannique pour décrire les performances de ces deux Jags. Pour obtenir davantage de puissance, les ingénieurs ont augmenté la cylindrée du moteur V8 qui passe de 4 litres à 4,2 litres. Cela permet au moteur atmosphérique de gagner 10 chevaux et à la version suralimentée d'en gagner 30. Les temps d'accélération sont par conséquent réduits de quelques dixièmes de secondes. Mais ce qui est encore plus important, c'est que la courbe de puissance est plus linéaire. Les reprises sont donc plus rapides et l'accélération initiale n'est pas handicapée par une certaine hésitation à bas régime. Soulignons au passage que ces deux groupes propulseurs ont dorénavant un système de calage des soupapes infiniment variable.

À moteurs plus puissants, transmission plus sophistiquée. En effet, tant le coupé que le cabriolet sont dorénavant équipés de série d'une nouvelle boîte automatique à 6 rapports fabriquée par ZF. Curieusement, celle-ci est plus simple sur le plan mécanique tout en étant plus légère que la boîte à 5 rapports. Cette transmission est adaptative, c'est-à-dire qu'elle s'adapte automatiquement aux habitudes de conduite du pilote. Si celui-ci est agressif et accélère nerveusement, la boîte va retarder les passages d'un rapport à l'autre. Le levier de vitesses en forme de J a été retenu. Du côté droit, le levier se déplace de faÇon traditionnelle avec des passages crantés. Une fois à gauche, il permet de passer les rapports manuellement de faÇon séquentielle selon le système Mechatronic de Bosch. Mais si la boîte est efficace, ce levier de vitesses ne fait toujours pas l'unanimité.

Coupé ou cabriolet ?

Un peu comme c'était le cas avec la légendaire XK-E, chaque type de carrosserie possède ses défenseurs et ses détracteurs. Il est vrai que la XK8 cabriolet affiche une rare élégance. De plus, son toit isolé assure une bonne insonorisation et protège contre les chutes de température. Par contre, lorsqu'il est en place, il faut montrer une certaine agilité pour s'installer au volant. Et ce toit ne se rétracte pas complètement, reposant en quelque sorte sur la partie arrière, ce qui gâche le coup d'?il. De plus, le cabriolet n'offre pas la même rigidité que le coupé.

Si le décapotable est romantique, le coupé s'avère plus pratique tout en assurant une meilleure tenue de route grâce à sa carrosserie plus rigide. Les spécialistes de Karman en Allemagne ont réussi du bon boulot sur le cabriolet, mais ils ne peuvent rien faire pour égaler la solidité d'une voiture à toit fixe.

Ces deux Jaguar affichent une tenue de route rassurante et il est toujours impressionnant de constater l'adhérence du train arrière dans un virage serré. Mais il faut souligner que la conduite devient très délicate dès qu'on change les nombreux systèmes d'aide électronique au pilotage. Une fois ceux-ci au chômage, la voiture devient plus délicate à conduire, et un excès d'enthousiasme se transforme aisément en tête-à-queue. Compte tenu du poids et de la puissance de ces voitures, il est sage de toujours se fier à l'électronique à moins d'être sur un circuit fermé et désireux de se donner des chaleurs.

Il est toujours regrettable que les coupés et cabriolets XK soient handicapés par une plate-forme vieillotte qui limite les progrès en matière de comportement routier. En attendant une vraie refonte, les améliorations apportées cette année devraient permettre de faire patienter la clientèle encore quelques années.

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