Infiniti I35, une lettre qui fait toute la différence

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Une seule lettre sépare l'I35 de la G35 d'Infiniti et pourtant il existe un monde de différence entre ces deux voitures. Autant la première se montre flasque et inintéressante dans son effort pour se démarquer de sa marraine, la Nissan Maxima, autant la seconde est porteuse de très belles surprises en s'identifiant comme une authentique berline sport. Bref, l'une déÇoit et l'autre séduit. Pourquoi ?

En premier lieu, il faut préciser que l'I35 s'adresse à une clientèle bien différente de celle de la G35. Avant toute chose, elle accorde une place prépondérante au luxe et au confort, laissant à sa partenaire le soin de recruter les adeptes d'une conduite plus sportive. Le second point à soulever a trait au châssis : l'I35 emprunte le sien à la Maxima, une traction, tandis que la G35 (voir autre texte) hérite de celui de la Nissan Skyline, une propulsion qui n'est vendue qu'au Japon.

Ces précisions étant faites, voyons un peu à quoi s'attendre quand on prend le volant d'une Infiniti I35. Depuis l'an dernier, la voiture a fait peau neuve et a même changé son appellation numérique (anciennement I30) afin de s'accorder avec la cylindrée accrue de son moteur V6. Déjà reconnu comme l'un des meilleurs moteurs automobiles au monde, celui-ci est passé de 3 à 3,5 litres, gagnant 28 chevaux et 29 lb-pi de couple dans la transformation. Il est par contre condamné à faire équipe avec une transmission automatique à 4 rapports seulement. S'il s'agit là d'une lacune, les autres caractéristiques de la voiture sont du dernier cri : suspension arrière multibras, quatre freins à disque avec ABS et EBD (répartition électronique de la puissance de freinage), jantes en alliage de 17 pouces, antipatinage, etc. Deux versions sont au catalogue : De luxe et Sport. Cette dernière se distingue par son système de contrôle de stabilité minimisant les risques de dérapage, une suspension légèrement raffermie et des jantes spéciales chaussées de pneus P225/50VR17 au lieu des P215 de la version De luxe.

Un moteur abandonné à lui-même

Cela dit, l'I35 mise à l'essai n'avait de sport que son nom et si les performances du moteur s'avèrent de haut niveau, le châssis a bien du mal à suivre le rythme. Fort de ses 255 chevaux, le V6 attelé au train avant de la voiture est en pleine forme et est l'auteur de très bons chronos tant en accélération qu'en reprise. Les chiffres relevés sont d'autant plus étonnants que la transmission automatique de la voiture avait tendance à « glisser », un problème qui était assurément l'exception à la règle. À la fois souple et nerveux, le moteur est à l'origine d'un léger effet de couple dans la direction (le volant a une petite tendance à tirer d'un côté ou de l'autre en accélération), mais nous sommes loin des à-coups inquiétants ressentis au volant de la Nissan Altima V6 de la même famille. Si les ingénieurs d'Infiniti ont réussi à contrôler ce phénomène propre aux tractions à puissance élevée, ils ont obtenu moins de succès dans d'autres domaines. Le diamètre de braquage énorme, notamment, ne favorise pas la maniabilité en conduite urbaine tandis que la direction se montre très avare de commentaires sur les conditions de la chaussée.

Bien sûr, le confort est au rendez-vous, mais cela au prix d'un roulis en virage et d'une suspension trop molle qui fait littéralement décoller la voiture sur les bosses.

Le freinage ne fait pas tellement sa part non plus pour honorer le comportement routier. Avec une pédale spongieuse et un ABS qui n'en finit plus de caqueter, il faut 48,8 mètres, une longueur démesurée, pour immobiliser la voiture à partir de 100 km/h. En conduite normale, toutefois, tout se passe relativement bien.

De déception en déception

Là où l'Infiniti I35 rejoint la G35, c'est au chapitre de l'ergonomie, ce qui signifie qu'elle enfreint elle aussi les règles les plus élémentaires de la science de l'interaction entre l'homme et la machine. Par exemple, les commandes pour le volant chauffant (une option) et la mémorisation de la position de conduite sont introuvables dans le coin inférieur gauche du tableau de bord. Quant au bouton permettant d'annuler l'antipatinage, il est caché derrière le volant tandis que les commutateurs des sièges chauffants sont trop en retrait sur la console pour être facilement accessibles. Fort heureusement, le volant sert à autre chose qu'à diriger la voiture : on y retrouve les commandes de la radio (avec lecteur CD six disques dans le tableau de bord), de l'ordinateur de bord et du régulateur de vitesse. Après cette petite consolation, on se désole de nouveau en constatant que la belle petite horloge Infiniti possède des aiguilles si fines qu'elle est illisible. Par surcroît, elle n'est pas éclairée la nuit.

On aurait envie de dire « N'en mettez plus, la cour est pleine » jusqu'à ce qu'on se rende compte que la lunette arrière, déjà pas très grande, est obstruée par trois appuie-tête qui gênent considérablement la visibilité. En somme, on améliore la sécurité passive au détriment de la sécurité active. La pauvre I35 continue de décevoir quand on s'installe sur la banquette arrière. On y trouve amplement d'espace pour les jambes mais même un passager de taille moyenne comme moi (et presque chauve en plus) aura bien du mal à ne pas se frotter la tête au plafond. On peut se demander si le fait d'avoir les fesses bien au chaud (une banquette arrière chauffante est offerte en équipement de série) sera une compensation suffisante à cet inconfort.

La question risque de rester sans réponse, car je ne pense pas que l'on va se bousculer aux portes pour faire l'acquisition d'une Infiniti I35. Moins chère, la Nissan Maxima est un choix beaucoup plus logique tandis que ceux qui veulent vraiment dépenser autour de 40 000 $ ont tout intérêt à se précipiter sur la superbe G35. Une seule lettre fait toute la différence, croyez-moi.

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