Acura 1,7EL, une Acura en quête d'identité

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2003

Vous aimez votre Honda Civic. Elle vous a bien servi toutes ces années, mais votre fidèle monture se fait vieille et il est temps de penser à la retraite. Mais que choisir d'autre ? L'éternelle question de l'automobiliste satisfait qui veut passer à autre chose, mais qui ne veut pas risquer d'être déÇu. Rassurez-vous, Honda a pensé à vous. Question de vous garder dans son giron, elle a confié à sa division Acura le soin de vous concocter une Civic endimanchée et plus cossue. Rien que pour le marché canadien, d'ailleurs. Voici l'Acura 1,7EL.

Née à Alliston, en Ontario, sur la même chaîne de montage que la Honda Civic, la plus petite des Acura a vu le jour pour le millésime 1997. Modestement équipée du moteur 1,6 litre, la 1,6EL a gagné un dixième en devenant 1,7EL. Ces 100 cc de plus à la cylindrée du moteur n'augmentent en rien la puissance du 4 cylindres à distribution variable (VTEC-E) qui reste à 127 chevaux, mais le couple passe de 107 à 114 lb-pi, le maximum arrivant à un régime plus faible (4 800 tr/min au lieu de 5 500). Autant dire que Honda (ou Acura si vous préférez) a entendu nos critiques d'il y a deux ans : « accélérations pathétiques en circulation urbaine, des reprises lymphatiques sur grand-route? ». Fait à noter : le moteur tombe dans la catégorie ULEV (très faible pollution).

L'exercice de révision du moteur s'est aussi accompagné de la révision de la boîte de vitesses de faÇon à corriger ce manque flagrant de nerf. Résultat : gain en accélérations et en reprises, d'où un meilleur agrément de conduite et une meilleure sécurité active. Précisons aussi que la boîte automatique travaille mieux avec le moteur, sans doute grâce à la révision de la courbe de couple. Toujours sur le plan mécanique, la 1,7EL bénéficie d'une direction moins « guimauve » (et d'un volant réglable en hauteur) qui contribue aussi à rehausser l'agrément de conduite. Ces changements ne signifient cependant pas que la petite Acura s'est métamorphosée ; il s'agit encore d'une Civic fardée, dotée d'un comportement moelleux et dont les détails de carrosserie, surtout à l'avant, cherchent à la rapprocher de la gamme Acura, question de vous inviter à rester fidèle à la grande famille Honda/Acura.

Simililuxe

Comme il fallait s'y attendre, les concepteurs ont cherché à enjoliver l'habitacle afin de lui procurer une apparence de luxe. Opération partiellement réussie, car les changements se limitent à des garnitures, à l'exception des sièges qui gagnent en volume, en confort et en soutien, tant à l'avant qu'à l'arrière. Notons que si les sièges avant sont réglables en hauteur, ce réglage est manuel, même dans les versions Premium et Limited qui bénéficient du revêtement en cuir. Autre différence notable avec les Civic : les coussins de sécurité latéraux de série dans les trois versions de la 1,7EL. À l'arrière, les dossiers de la banquette se rabattent séparément, ce qui augmente la contenance déjà respectable du coffre. Le confort des sièges est raisonnable, mais l'accès à l'arrière posera des petits problèmes, surtout aux grands, à cause de la faible hauteur de la porte arrière.

Quant au tableau de bord, c'est encore celui de la Civic, auquel vient se greffer une applique en similibois qui encadre le bloc central où niche la radio AM/FM/CD et les molettes de chauffage/climatisation. Une console centrale révisée dotée d'un casier de rangement occupe l'espace entre les deux sièges et les accessoires de série comptent la climatisation (automatiques sur la Premium), les sièges et les rétroviseurs chauffants, le régulateur de vitesse, les glaces électriques, le téléverrouillage et l'antivol. Un équipement complet, donc, mais un intérieur esthétiquement décevant car démuni de charme et d'originalité, qualités souhaitables dans une voiture qui se veut « de luxe ».

Sage, trop sage

Sur route, l'Acura se comporte ? je sens que je vais me répéter ? comme une Civic? plus cossue. Les pneus de 15 pouces qui chaussent les belles roues en alliage léger contribuent à vous faire monter d'un cran, tout comme l'insonorisation de meilleure qualité qui réussit à atténuer les bruits de vent à vitesse d'autoroute. Reste quand même le bruit du moteur qui affirme sa présence en forte accélération. N'oublions pas que le moteur ne fait que 1,7 litre et qu'il doit traîner près de 1200 kg.

Quoique saine grâce aux suspensions indépendantes aux quatre roues, la tenue de route n'inspire pas d'envolées lyriques. Elle rappelle plutôt le slogan du Holiday Inn : pas de surprises. Acura a quand même jugé bon de nous offrir quatre freins à disque doublés de l'ABS, mais l'antipatinage ne figure pas au catalogue.

Tout Ça pour en arriver à la conclusion que la 1,7EL nous a laissés plutôt indifférent. À notre humble avis, pour vraiment se démarquer et proposer à la clientèle une petite voiture qui fasse jaser, Acura aurait dû accorder plus d'importance à l'agrément de conduite, tant sur le plan mécanique que sur celui de l'aménagement intérieur. Car qui dit voiture de luxe, dit aussi (dans notre vocabulaire de passionné, du moins) voiture agréable à conduire et voiture « différente ». En partant de la base saine de la Civic, il aurait fallu repenser notamment ce tableau de bord tristement « plate » et équiper la petite Acura de pneus plus appropriés, à la manière de la Mazda Protegé5. Si cet exercice de marketing qu'est la 1,7EL rapporte des dividendes à Acura et que le constructeur nippon songe à conserver ce modèle au catalogue canadien, il serait souhaitable qu'il fasse un autre pas en avant comme celui qu'il a accompli en passant de la première 1,6EL à la 1,7EL d'aujourd'hui. Nous votons pour une 2,0EL et pour le recrutement d'un nouveau designer pour l'intérieur. Question de pouvoir répondre, entre autres, à la Mini, à la Toyota Matrix et à la Pontiac Vibe.

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