Audi TT, un V6 qui change la donne

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2005

Comme la Porsche 911, l'Audi TT est le genre de bolide dont le fuselage semble intemporel. Au cours des prochaines années, il serait surprenant, voire interdit pour crime de lèse-majesté, que les stylistes d'Ingolstadt peaufinent les belles rondeurs du TT. Au mieux, les seuls éléments qui pourraient être retouchés sont les phares, les feux, et la grille. Au pire, le TT pourrait être remplacé d'ici quelques années par le prototype LeMans à moteur V10 biturbo de 610 chevaux dévoilé au dernier Salon de Francfort. Certes, les performances seraient hallucinantes avec un 0 à 100 km/h en 3,7 secondes mais le prix demandé serait proportionnel à ces hallucinations?

Un petit retour en arrière sur l'histoire automobile nous apprend que les lignes du TT sont inspirées des anciennes voitures de course Auto Union des années 30, et de l'école de design Bauhaus des années 20. Par ailleurs, soulignons que les lettres TT désignent la légendaire course sur route appelée « Tourist Trophy » qui opposait au début du siècle des automobiles et des motocyclettes sur l'île de Man en Irlande.

Depuis son lancement en 1999, les lignes quasi parfaites des modèles coupé et roadster du TT ont fait pavoiser les plus grands designers de la planète. Malgré cette admiration sans bornes pour les contours du TT, personne n'a jamais passé sous silence le manque de vigueur de son 4 cylindres turbo de 1,8 litre et ce, même si sa fiabilité et son endurance ont fait sa commune renommée. En effet, les 225 chevaux de la version à haut rendement n'ont jamais eu assez de panache pour galoper et prendre la tête du troupeau mené depuis l'an dernier par le cabriolet Nissan 350Z et le coupé Infiniti G35. Pour corriger cette situation embarrassante pour le TT dont le prix dépasse celui des japonaises de Tochigi, l'usine d'assemblage de Hyör en Hongrie a eu le mandat de lui boulonner un nouveau V6 de 3,2 litres à 24 soupapes dérivé du VR6 de Volkswagen.

Une boîte à choix d'algorithme

Développant une puissance de 250 chevaux, on aurait cru que les motoristes auraient concocté une cylindrée encore plus stratosphérique afin de dépasser ces rivales naturelles que sont les Porsche Boxster, Mercedes SLK et BMW Z4. Surtout que ce moteur ne peut être cravaché par aucune boîte manuelle. Cependant, il ne faut pas croire le 3,2 litres battu d'avance puisque la nouvelle boîte de vitesses robotisée DSG (Direct Shift Gearbox) excelle à faire galoper les mille sabots de sa cavalerie. Extrêmement perfectionnée, cette boîte à commande séquentielle est pourvue d'un double embrayage qui permet de réduire le temps de passage des six rapports. Si vous trouvez l'algorithme de la boîte DSG trop lent à réagir, le mode « S » autorise des reprises encore plus énergiques. Ainsi lorsque le conducteur sélectionne un rapport vers le haut ou le bas, le suivant est déjà préengagé et ne prend que 0,2 seconde pour changer de façon linéaire et sans à-coups. Le temps d'exécution de la DSG est deux fois plus rapide que les boîtes « F1 » de la Ferrari 360 Mondena et « Cambiocorsa » de la Maserati Coupé. Ainsi, en jouant avec le levier de vitesses ou en manipulant des palettes situées de chaque côté du volant, il est possible de rétrograder de trois rapports en une seule seconde et de repartir comme un boulet de canon. Par ailleurs, cette technologie n'est pas récente puisqu'elle a fait la gloire de l'Audi Sport Quattro S1 dans les années 80 en championnat du monde des rallyes.

Malgré l'extraordinaire fonctionnement de la boîte DSG, les performances du TT 3.2 sont loin d'éclipser celles du 1.8T de 225 chevaux. En effet, les temps d'accélérations sont similaires, et seules les reprises sont à l'avantage du V6.

Les autres changements

Esthétiquement, le TT 3.2 affiche quelques modifications. Ainsi, la carrosserie épouse un pare-chocs avant redessiné qui laisse entrer plus d'air frais au moteur alors que le coffre est coiffé d'un aileron de plus grande dimension. Pour masculiniser son image étiquetée à tort de « char de filles » à cause de ses rondeurs à la New Beetle (pourtant, la Porsche 550 Spyder 1955 de James Dean arborait aussi des angles arrondis !), le TT 3.2 est campé sur d'immenses pneus de 18 pouces. Qui plus est, la sonorité du V6 est plus musclée grâce au plus gros diamètre de son échappement à double sortie.

Même s'il partage sa plate-forme avec celui de la New Beetle, le TT propose un comportement routier plus viril dû en partie à son châssis plus rigide, son empattement plus court et à la traction de ses quatre roues motrices Quattro. Doté d'un comportement routier sans reproche sur une route lisse comme un billard, le court débattement des suspensions réagit sèchement sur les routes mal asphaltées. Quant au freinage, il est d'une efficacité redoutable dans la version 3.2 grâce à son système emprunté à celui de sa soeur S4.

À l'instar de la carrosserie, le tableau de bord fait dans le « techno-rétro » avec l'omniprésence d'aluminium brossé. D'une belle sonorité dans le coupé, la puissance du système audio Bose est cependant déficiente dans le roadster. À haute vitesse, le vent perturbe l'acoustique de cette salle de concert qui paraissait pourtant prometteuse. Côté sécurité, le roadster est équipé d'arceaux de sécurité qui se déploient en cas de capotage. De même, il est possible de désactiver le coussin gonflable du côté passager. De quoi réjouir un enfant voulant se balader avec papa ou maman.

La venue d'un V6 devrait relancer les ventes du TT. Toutefois, il ne faudrait pas croire que la boîte DSG va plaire à tous les amateurs de conduite sportive. En effet, rien ne vaut le maniement d'une bonne vieille boîte manuelle !

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