Audi A4 Cabriolet, vivement l'effet de serre

Tel que publié dans le Guide de l'auto 2005

À toute chose, malheur est bon. Alors qu'on redoute en maints endroits du globe les perturbations climatiques résultant de l'effet de serre, un bon nombre de Québécois voient plutôt d'un bon oeil le réchauffement annoncé de la planète. Et parmi eux, j'ose le croire, se trouvent les propriétaires de la Audi A4 Cabriolet.

Si j'étais l'un d'eux, en tout cas, j'éprouverais pour l'instant un pincement de culpabilité à l'idée de satisfaire un plaisir nécessitant le déboursé de quelque 60 000 $, taxes incluses, dans sa version la moins coûteuse, alors que nos étés sont si courts. Certes, ce « cabrio » quatre places dispose d'une capote triple épaisseur bien isolée, et d'une lunette arrière en verre chauffant qui permettent d'envisager assez sereinement le froid hivernal. Mais est-il bien raisonnable de payer 30 % de plus que ce qu'en coûte une A4 semblablement dotée, pour un accessoire - le toit rétractable - dont on ne se sert pas le quart du temps ?

DES ACCÉLÉRATIONS PEU DÉCOIFFANTES

C'est là le principal dilemme auquel doit faire face l'acquéreur de ce véhicule ludique qui marque une nette amélioration par rapport à la première décapotable Audi, dont la production a cessé en 1998, faute de clientèle. Lancé en 2003, le nouveau cabriolet a peu en commun avec son prédécesseur, et tout à voir avec la dernière série A4, dont il partage la plate-forme et les principaux éléments mécaniques. Outre ces emprunts, plusieurs caractéristiques lui sont spécifiques, à commencer bien sûr par le toit, dont l'absence est compensée par des renforcements du châssis qui ajoutent environ 125 kilos, et en font le lourdaud de sa classe.

C'est ce qui explique également que le quatre cylindres 1,8 litre Turbo de 170 chevaux qui anime la version de base, peine à entraîner la belle, bien qu'il soit accouplé à la boîte de vitesses Multitronic à rapports continuellement variable (CVT). Heureusement, le V6 trois litres s'attelle à la tâche avec plus de conviction, même s'il se montre assez gourmand pour ses 220 chevaux. Doux, onctueux même, souple et silencieux, il procure des accélérations et des reprises fort décentes malgré son lourd fardeau, grâce à la même boîte CVT. Cette dernière semble toujours choisir le bon rapport, ce qui lui confère tout compte fait les vertus d'une automatique et d'une manuelle. On peut tout au plus lui reprocher cette tendance qu'a le moteur de garder le même régime, lorsqu'on tient la pédale d'essence enfoncée. Mais ce n'est qu'un détail, surtout qu'elle vous permet des économies d'essence par rapport à une automatique traditionnelle.

À ces deux tractions s'ajoute depuis l'an dernier une version intégrale Quattro qui dispose du même V6, mais arrimé cette fois à la boîte automatique séquentielle Tiptronic à 5 rapports. Chaussez-là de pneus d'hiver, et imaginez la tête que feront les automobilistes en voyant cette décapotable semer tout le monde au passage du feu vert lorsque les rues seront enneigées. Comme si une starlette à la main chercheuse et à la gorge déployée, accostée sur la croisette à Cannes pendant le Festival, se mettait à vous citer Proust ! L'histoire risque cependant d'être différente sur pavé sec. Les suspensions rabaissées de quelques centimètres lui donnent une allure plus combative, mais malgré des pneus de 17 pouces (16 pouces, pour la version 1,8T) et un système de stabilité électronique (ESP), les limites de leur amortissement trop mou se font rapidement sentir, vous faisant réaliser que le cabriolet parvient mieux à dorloter ses occupants qu'à leur procurer les grands frissons de la vitesse.

LE COÛTEUX JEU DES OPTIONS

Bien qu'il partage des airs de parenté indéniables avec ses soeurs à quatre portières, le cabriolet épouse des formes plus arrondies qui adoucissent encore ses traits de famille. L'habitacle s'apparente aussi à ce que l'on retrouve dans la série A4, tout en s'en distinguant par quelques éléments visuels qui lui donnent une allure plus décontractée. On s'étonnera sans doute de la prédominance du plastique et de l'absence d'une sellerie de cuir dans la version de base, qui coûte pourtant le prix que l'on sait. Inutile non plus de chercher les réglages électriques des fauteuils, à moins que le propriétaire n'ait coché l'option « ensemble sport », qui donne également droit à une suspension du même nom et, à des phares au xénon. Rien à redire cependant, sur la qualité des cuirs et des boiseries rehaussant l'intérieur des versions 3.0, qui par ailleurs se prêtent, elles aussi au coûteux jeu des options.

Les places arrière sont plutôt exiguës, mais elles conviennent à d'éventuels passagers qui sont prêts à sacrifier un peu de confort pour le plaisir de rouler au grand air. Ils devront aussi accepter de voyager léger, car la capacité du coffre de seulement 289 litres rapetisse encore lorsque la capote y prend place. Étanche, résistante et offrant une bonne protection contre les agressions phoniques, elle se déploie ou se replie électriquement en moins de 30 secondes. Outre les appuie-tête, qui gênent un peu la visibilité vers l'arrière, la sécurité est assurée par un ensemble de coussins latéraux et frontaux, de même que par une structure d'appoint qui se déploie automatiquement au signal de capteurs détectant l'éventualité d'un capotage.

Sûreté, confort et comportement assuré : nous avons là les trois éléments principaux de ce cabriolet qui, pour bien remplir les fonctions ludiques auxquelles il aspire, manque néanmoins d'ambition... sauf quand vient le temps de saler la note.

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