Détroit
25 janvier 2012
Salon de Détroit 2012, coups de cœur et messages d’erreur
Il faudrait avoir au moins deux clones pour voir et entendre tout ce qui est important au Salon de Detroit! Si vous trouvez une bonne place au parterre pour une présentation, vous serez probablement debout à la 5e, sinon à la 15e, rangée pour les deux suivantes. Et les journées de presse de l’édition 2012 comptaient plus de trente présentations des constructeurs. C’est vous dire.
Pour vraiment bien voir et tout savoir, il faut constamment revenir aux différents kiosques après que la meute se soit déplacée. Nous étions environ 5 000 journalistes, photographes et vidéastes accrédités, après tout. C’est moins que les 6 000 et plus des grandes années, mais quand même!
Et il n’y a jamais plus de quelques centaines de places assises, sauf pour les traditionnelles présentations de Ford qui remplissent presque l’aréna Cobo ou la salle circulaire découpée au cœur du Joe Louis Arena comme cette année pour les quatre versions de la nouvelle Fusion. Une berline très réussie dont le « museau » rappelle les anciennes cousines Aston Martin, comme la calandre de la Focus ST qui a dit coucou pour la première fois à Detroit avec son 2,0 litres turbocompressé de 247 chevaux.
Longues marches
C’est donc en marchant de long en large et de tous les côtés qu’on peut enfin examiner convenablement les nouveautés dévoilées, poser quelques questions, prendre des photos et faire un peu de vidéo pour vous en parler et vous les montrer correctement. Et pour attraper ce qu’on a forcément raté en direct, il y a les tuyaux qu’on se refile entre collègues, les communiqués accrochés en passant à la salle de presse et la clé USB ou le carton sur lequel le constructeur a imprimé l’adresse du site où se trouve la documentation pertinente.
En allongeant sa visite jusqu’à la fin de la deuxième journée de presse, longtemps après la dernière présentation pertinente, on peut se payer quelques virées de plus à travers le vaste dédale de Cobo Hall et faire encore quelques découvertes intéressantes ou insolites. J’ai fait tout ça et j’ai quand même raté le tracteur avec tondeuse Craftsman CTX qui s’est retrouvé aux nouvelles télévisées un peu partout sur la planète.
Les journées de presse du Salon de Detroit sont un tourbillon constant d’où ressortent inévitablement quelques surprises, vedettes et révélations. Du moins depuis son accession en 1989 au rang des grands salons internationaux sanctionnés par l’Organisation internationale des constructeurs automobiles (O.I.C.A.), comme ceux de Francfort, Paris et Tokyo. On l'avait alors rebaptisé North American International Auto Show.
La grande vedette et la grande surprise du salon 1989 fut le prototype de la Dodge Viper qui allait devenir peu de temps après un modèle de série sans presque de modifications.
Une première étoile japonaise
Cette année, la star du salon fut assurément une autre sportive, japonaise cette fois, qui annonce le retour d’un modèle légendaire. L’Acura NSX Concept a été dévoilée par Takanobu Ito, le grand patron actuel chez Honda, qui avait dirigé la conception de la coque entièrement en aluminium de la première NSX il y a plus de vingt ans.
Cette première grande sportive japonaise, avec son V6 en position centrale à la sonorité enivrante, une tenue de route précise et une qualité de fabrication sans reproche, avait secoué les spécialistes européens, Ferrari en tête. La fiabilité et la qualité inédites de la Ferrari 355, lancée peu après, en sont la plus belle preuve. Les Italiens tiennent le cap depuis.
La nouvelle NSX est fine, basse et racée. Monsieur Ito a confirmé qu’une version de série allait être développée aux États-Unis et serait construite tout près de son usine de l’Ohio. Il a parlé d’un « châssis léger », d’un moteur V6 monté en position centrale et d’une version inédite du rouage intégral SH-AWD d’Acura où chacune des roues avant sera entraînée par un moteur électrique. La production de cette nouvelle NSX débuterait d’ici trois ans. Ça promet grandement.
La deuxième aussi
En cette année où Aston Martin, Ferrari et Lamborghini se sont faites discrètes et où Maserati a montré un camion déjà vu ailleurs, l’autre étoile du salon fut également nipponne, imaginée cette fois dans l’atelier californien Calty du groupe Toyota. La Lexus LF-LC est un coupé à quatre places, un « 2+2 » en fait. On nous le présente comme étant un successeur possible du peu regretté SC, mais il a plutôt la prestance et surtout le profil élancé de la LFA, la sportive à carrosserie en fibre de carbone et au moteur V10 pour milliardaires seulement.
Le coupé LF-LC recevrait plutôt un groupe propulseur hybride et on n’a donné aucun détail sur sa structure ou sa carrosserie. Sa calandre au dessin tranché m’a d’abord fait penser au museau d’une barbotte, d’un poisson-chat quoi. Mais j’en suis revenu. Lexus parle plutôt d’un fuseau ou d’une bobine stylisée, cintrée à la hauteur du pare-chocs, qui évoque peut-être les racines du groupe Toyota qui a d’abord conçu des métiers à tisser.
Cette calandre est une version plus accentuée et extrovertie de celle de la nouvelle GS et on la reconnaîtra sur d’autres Lexus. Chose certaine, une version de série du spectaculaire LF-LC ferait le plus grand bien à la gamme Lexus pour le charisme.
Branchés tous azimuts
Le prototype NS4 qu’a également dévoilé le géant à Detroit pourrait avoir le même effet sur sa gamme Toyota. Ce coupé à quatre portières remarquablement svelte annoncerait une nouvelle génération d’hybrides rechargeables séparés de la famille Prius. Des voitures dont le module rechargeable serait plus léger, plus compact et plus performant que celui de la Prius rechargeable qui sera bientôt en vente chez nous, tout en conservant son temps de recharge très court.
Toyota a présenté aussi la Prius c (pour city) qui deviendra l’hybride la moins chère aux côtés de la Prius v (pour versatile) qui est sans doute la plus pratique et polyvalente. Et pourtant, on a passé plus de temps à décrire les multiples interfaces de communication de la NS4 tout comme on avait fait grand cas des deux écrans à cristaux liquides de 12,3 pouces et de la paire d’écrans de 4 pouces sur portières.
Vous n’avez pas fini d’entendre parler de cette nouvelle ergonomie entre les humains et les systèmes de télématique qu’on installe dans tout ce qui roule pour que les acheteurs de 20 et 30 ans y sautent à leur tour. Bienvenue à la génération du nouveau millénaire, ces Millenials qui obsèdent les gourous du marketing.
Cette nouvelle tendance nous a également valu chez Chevrolet deux études dont l’habitacle sera dessiné virtuellement, par les internautes. Le coupé Code130R partage l’architecture inédite de la berline Cadillac ATS, une autre primeur à Detroit. C’est donc une propulsion qui a des airs de Série 1 BMW, surtout pour ses flancs sculptés à l’arrière. Le coupé Tru140S est une traction qui rappelle plutôt le Mitsubishi Eclipse. Les deux sont dotés du quatre cylindres turbo de 1,4 litre augmenté du système hybride léger eAssist qui porte sa puissance à 150 chevaux.
Efforts douteux et perle rare
Avec la multitude de véhicules qui défile sous nos yeux pendant ces deux journées de presse, on risque parfois aussi de juger trop durement. C’est peut-être ce qui m’est arrivé concernant la nouvelle silhouette du coupé Hyundai Genesis dont la première version était l’une des plus belles voitures sur nos routes. Ça y est, ils l’ont défigurée avec cette grosse calandre noire et son bourrelet au milieu! Et des plaques noires qui n’aident en rien sur le capot...
On devrait au moins pouvoir se consoler au volant avec un nouveau 2,0 litres turbo de 274 chevaux et un V6 qui pousse maintenant 348 chevaux. C’est un peu la même histoire avec le coupé Veloster dont Hyundai a tiré une version à moteur turbo de 201 chevaux sans pouvoir s’empêcher de lui plaquer une immense grille de calandre noire hexagonale. Je vais peut-être m’habituer. Le nouveau coupé Genesis me semblait moins raté deux jours plus tard, au Salon de Montréal.
Déception aussi chez Honda dont le nouveau coupé Accord est bien tourné mais pas assez différent du modèle actuel plutôt réussi. Chez Chrysler, la nouvelle Dodge Dart a le mérite certain d’afficher des traits de famille authentiquement américains alors qu’elle partage sa structure avec l’Alfa Romeo Giulietta. La tentative est moins heureuse avec l’étude Chrysler 700 C, une grande fourgonnette aux allures futuristes que le groupe Chrysler-Fiat devrait laisser à la marque Lancia comme le suggère la rumeur.
Et dans un coin discret, sur la mezzanine du kiosque où rayonnait une étude Lincoln MKZ prometteuse, on pouvait admirer une voiture fascinante et chargée d’histoire. C’est la Model 40 Special Speedster, une pièce parfaitement unique qu’a fait dessiner et construire Edsel Ford en 1934. Le fils du patriarche Henry était alors président de la firme dont il portait le nom et il avait un œil et un instinct incontestables pour l’automobile.
Son roadster aux lignes épurées, propulsé par un V8 flathead, est même reconnu comme le premier hotrod même s’il a été créé longtemps avant que ce mot soit inventé. La famille Ford a heureusement racheté et fait restaurer avec le soin le plus méticuleux ce trésor qui a dormi pendant près d’un demi-siècle, empoussiéré dans une grange de Floride, tout près de Daytona.
Une pure beauté devant laquelle je me demande lesquelles des voitures dévoilées à ce 24e Salon international de Detroit seront considérées comme étant de vrais classiques dans quelques décennies.


